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Dub — concerti dal vivo

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À propos Dub

Dub : Quand la musique se désagrège et découvre l'espace

Le dub, c'est ce qui se produit lorsque la musique cesse d'être une chanson et devient un environnement. Ce n'est pas un genre au sens traditionnel du terme, mais une méthode, une façon d'appréhender le son comme une matière pouvant être déconstruite, réinterprétée et réassemblée en temps réel. Né en Jamaïque à la fin des années 1960 et au début des années 1970, le dub a discrètement redéfini ce que pouvait être la musique, non pas en ajoutant des éléments, mais en les supprimant.

Le dub se définit essentiellement par l'absence, l'espace et la manipulation. Les voix disparaissent soudainement. Les instruments apparaissent et s'évanouissent. La basse et la batterie restent les points d'ancrage, tandis que tout le reste est fragmenté, retardé, filtré ou noyé dans la réverbération. Le dub considère le studio d'enregistrement comme un instrument et la console de mixage comme un outil de performance. La chanson n'est plus figée. Elle est fluide.

Le dub est issu directement du reggae, mais sa logique est radicalement différente. Là où le reggae communique par les paroles et la structure des chansons, le dub communique par la texture et l'intervention. Le message n'est pas verbalisé ; il est suggéré par l'écho, le silence et la répétition. Le dub n'explicite pas le sens ; il crée les conditions de son émergence.

La figure fondatrice du dub est King Tubby, dont la formation de technicien en électronique lui a permis de réinventer la console de mixage comme une arme créative. Tubby réduisait les morceaux reggae à la basse et à la batterie, puis les reconstruisait à l'aide de delay, de réverbération, de coupures et d'interruptions brutales. Des titres comme « King Tubby Meets Rockers Uptown » s'apparentent moins à des remixes qu'à des univers parallèles : des structures familières s'effondrent dans des paysages sonores vastes et réverbérés. Le dub devient alors une architecture sonore.

Un autre architecte essentiel est Lee « Scratch » Perry, qui abordait le dub non comme une technique d'ingénierie, mais comme une alchimie. Dans son studio Black Ark, Perry imprégnait ses enregistrements de rituel, de mysticisme et d'une imprévisibilité assumée. Des morceaux comme « Blackboard Jungle Dub » dissolvent toute logique conventionnelle. Perry concevait le son comme une entité vivante, capable de transformation, de possession et de déclin. Le dub devint alors une technologie spirituelle.

Ce qui distingue le dub de la culture du remix telle qu'on l'entend généralement, c'est l'intention. Le dub ne vise pas à améliorer ou moderniser un morceau, mais à l'interroger. Chaque version remet en question l'original : que se passe-t-il si la voix disparaît ? Si l'écho devient la mélodie ? Si le silence est plus fort que le son ? Le dub pose ces questions par l'action, non par la théorie.

La basse joue un rôle unique dans le dub. Elle n'est pas un simple accompagnement, elle est la gravité même. Les basses fréquences dominent le mix, ancrant physiquement l'auditeur dans la musique. Cette importance accordée à la basse a profondément transformé la manière dont la musique moderne l'aborde, influençant des genres aussi variés que le hip-hop, la techno et la culture sound system. Le dub a appris à la musique à faire bouger les corps sans occuper l'espace.

Le dub est indissociable de la culture sound system jamaïcaine, où DJs, ingénieurs du son et sélecteurs testaient des versions en direct, observant les réactions du public et s'adaptant en conséquence. Le dub était une musique fonctionnelle, conçue pour les enceintes imposantes, les espaces ouverts et l'expérience collective. Le mix n'était jamais définitif ; il évoluait de nuit en nuit.

Les paroles du dub sont souvent muettes, et c'est précisément le but. En supprimant la voix, le dub s'affranchit de toute autorité. Le sens passe de l'affirmation à la sensation. La portée politique et spirituelle demeure, mais elle est portée par le rythme et la résonance plutôt que par les mots. Le dub fait confiance à l'interprétation de l'auditeur.

L'influence du dub est immense et souvent imperceptible. Il a façonné l'ADN de la production hip-hop, de la musique électronique, de l'ambient, du post-punk et de la musique expérimentale. Des artistes et des genres du monde entier ont adopté les techniques du dub – delay, reverb, versioning – parfois sans en connaître l'origine. Le dub n'a pas seulement influencé la musique ; il a transformé la manière dont elle est créée.

Les critiques qualifient parfois le dub d'abstrait ou d'inaccessible, mais c'est méconnaître sa dimension physique. Le dub n'est pas une musique intellectuelle, c'est une musique corporelle. L'espace entre les sons vibre. Les échos semblent architecturaux. Le silence devient tension. Le dub se vit autant par la poitrine que par les oreilles.

Le dub perdure car il a introduit une idée radicale dont la musique moderne dépend encore : le studio n’est pas un lieu neutre et la maîtrise du son est un pouvoir créatif. Il a appris aux musiciens et aux producteurs que l’absence peut être expressive, que les erreurs peuvent être des outils et que la répétition peut être transformatrice.

Le dub est une musique qui se détache de la chanson pour en préserver l’âme.

C’est le rythme qui survit à la destruction.

Et tandis que la basse roule, que l’écho revient et que le morceau se dissout dans l’espace, le dub révèle son véritable héritage :

non pas un style, mais une méthode d’écoute –

où le silence parle, l’espace respire et le son est en perpétuelle évolution.

🎸 Artistes en Dub

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